
Avant la construction du port, la côte de Saint-Pierre était surtout composée de marines et de débarcadères rudimentaires. Les navires restaient au large et les marchandises étaient transportées jusqu’à la terre par de petites embarcations. Ces installations étaient fragiles et régulièrement endommagées par les cyclones.
Au XIXᵉ siècle, le développement de la culture de la canne à sucre et l’augmentation des échanges commerciaux rendirent nécessaire la construction d’un véritable port. L’embouchure de la rivière d’Abord fut choisie, car elle possédait déjà deux bassins naturels utilisés par de petits bateaux. Le gouverneur Hubert Delisle, accompagné du maire Charles Motais, posa la première pierre de la jetée le 12 mars 1854. (portdesaintpierre.re)
Les travaux furent très longs et difficiles. Il fallait creuser dans le corail et transporter d’importantes quantités de pierres pour construire les digues. Au départ, l’État et la colonie participèrent au financement, mais à partir de 1866, la commune de Saint-Pierre dut supporter une grande partie des dépenses. Pour terminer le chantier, la ville contracta un emprunt d’environ 1,5 million de francs. Cette construction pesa lourdement sur les finances communales. (saintpierre.re)
Après près de trente ans de travaux, le port fut inauguré le 23 octobre 1883. À cette date, un navire d’environ 600 tonneaux pouvait entrer dans le bassin. Trois navires de 300 tonneaux pouvaient également y stationner, à condition de ne pas dépasser un tirant d’eau de 4,50 mètres. Les travaux continuèrent ensuite et, en 1886, le navire américain Lyman, jaugeant 569 tonneaux, entra dans la rade. (saintpierre.re)
Le port possédait également un bassin de radoub, c’est-à-dire un bassin permettant de mettre les navires à sec afin de les réparer et de les entretenir. Les entrepôts situés à proximité servaient au stockage des marchandises. Le port participa ainsi au développement économique de Saint-Pierre et de sa région, notamment grâce au commerce du sucre et des produits agricoles.
Cependant, le port ne connut pas le succès espéré. Il souffrait de problèmes d’ensablement, qui rendaient son accès difficile. Il devait aussi faire face à plusieurs concurrences : le développement du chemin de fer, l’ouverture du canal de Suez en 1869, l’arrivée des navires à vapeur de plus fort tonnage et la construction du port de la Pointe des Galets, inauguré en 1886. Ce dernier était mieux adapté aux grands navires et devint progressivement le principal port commercial de La Réunion.
Le port de Saint-Pierre conserva néanmoins une activité locale. À la fin du XXᵉ siècle, il fut agrandi et modernisé. Il est aujourd’hui principalement consacré à la pêche, à la plaisance et à certaines activités commerciales. Il dispose d’environ 400 emplacements pour les bateaux et accueille également des visiteurs et des navires de passage.
Aujourd’hui, le port est aussi un lieu de promenade et un élément important de l’identité de Saint-Pierre. Il relie le centre-ville au front de mer et reste associé au quartier de Terre-Sainte, connu pour son histoire de village de pêcheurs. Son bassin, ses digues, son ancien bassin de radoub et ses entrepôts rappellent l’ambition maritime de la ville au XIXᵉ siècle.
À retenir : commencé en 1854 et inauguré le 23 octobre 1883, le port de Saint-Pierre devait devenir le grand port commercial de La Réunion. Les difficultés techniques et la concurrence du port de la Pointe des Galets l’empêchèrent de jouer ce rôle, mais il demeure aujourd’hui un port de pêche et de plaisance majeur du sud de l’île.

